Arts et culture pour tous

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Nom :
Lieu : Montpellier, Hérault, France

Nos propositions s’appuient sur des recherches personnelles complétant un parcours universitaire, une pratique et une formation en arts plastiques privilégiant l’approche des arts dits contemporains, une spécialisation en histoire de l’art médiéval. Ces complémentarités associées à l’intervention auprès de publics diversifiés fondent notre action au service de l’éducation populaire.

samedi 20 janvier 2007

Séance du vendredi 26 janvier 2007 à Lunel


Entre euphorie et désenchantement,

l'art des trente premières années du XXe siècle en Europe

Le Bonheur de vivre
, Henri Matisse, 1905-1906,
h/t, 175 x 241 cm, Merion, Barnes Foudation.

Après les vibrations de la lumière apportées par les peintres impressionnistes à partir de 1874, avec la juxtaposition des pigments colorés sur la toile plutôt que mélangés sur la palette, puis les laborieuses expérimentations pointillistes d'un Georges Seurat (1859-1891) appliquant méthodiquement la théorie scientifique de la vision des couleurs, l'entrée dans le XXe siècle se fera dans une explosion de couleurs pures et libérée des contraintes de l'imitation fidèle de la nature, avec notamment Henri Matisse (1869-1954) qui exprimera un bonheur de vivre hérité de la période prospère et dépourvue d'inquiétudes de la fin du siècle précédent.
Les jardins à Chatou, M. de Vlaminck, v.1905,
h/t, 81,3 x 101,6 cm, Art Institute, Chicago.
André Derain (1880-1954) et Maurice de Vlaminck (1876-1958) rejettent les nuances des demi-teintes et demi-tons. Ils veulent exprimer la vigueur de l'expression picturale, le jaillissement de la couleur pure sortant du tube. Ensemble, ils créeront leur atelier qui constituera l'école de Chatou (Yvelines) de 1904 à 1907.

Le séchage des voiles, André Derain, 1905,
h/t, 82 x 101 cm, Musée Pouchkine, Moscou.
Vlaminck déclare : "Dans l'orchestre que je dirigeais, j'avais décidé pour me faire entendre de ne me servir que des cuivres, des cymbles, de la grosse-caisse, qui étaient en cette occurence les tubes de couleur. De même que j'aurais donné l'ordre aux musiciens de souffler à pleins poumons dans le saxophone, le piston et le trombone à coulisse, de même je faisais éclater les tubes de couleurs sur ma toile et n'employais que les vermillons, les chromes, les verts et les bleux de Prusse pour hurler ce que je voulais dire".

Pont de Charing cross

Derain

Le bassin de Londres

André Derain, 1906

Vlaminck, 1905

André Derain, 1906

h/t 81,2 x 100,3 cm

h/t 22 x 27 cm

h/t 99 x 66 cm

Washington Nat. Gallery

CP

Tate Gallery, Londres.


Intérieur à Collioure
,
Henri Matisse, 1905,
h/t, 59 x 72 cm, Suisse CP.
Avec Derain et parfois de Vlaminck, Matisse séjourne l'été 1905 à Collioure, petit port de pêche des Pyrénées orientales. Cette amitié marquera une profonde évolution de son oeuvre. En quête de la beauté idéale, Matisse peint ses premiers tableaux fauves dans le sud de la France. Matisse cherche à dégager de la toile un sentiment d'équilibre et d'harmonie, avec des personnages vivant leur joie dans un décor intemporel.

Luxe, calme et volupté, Henri Matisse, 1904,
h/t, 98 x 118 cm, musée d'Orsay, Paris
Dans une technique néo-impressionniste avec la recherche d'un effet de mosaïque aux petites touches colorées, pour une toile lumineuse rappelant les baigneuses de Cézanne, Matisse se laisse aller en 1904 à la tentation du divisionnisme. } in Robert Cumming, l'Art, Gründ éditions, Paris, 2006, Londres, 2005. Le divisionnisme. Années 1880. "désigne une manière de peindre selon laquelle les rendus des couleurs sont obtenus par effet d'optique : ainsi de petites touches de couleur pure sont-elles posées côte à côte sur la toile pour qu'à une certaine distance l'oeil ne les distingue plus comme des entités séparées mais les mélange pour en faire une autre couleur (mélange optique). Plus facile à dire qu'à faire. Seurat en fut l'instigateur mais il mourut jeune et c'est Signac qui prit la relève. Le pointillisme est du divisionnisme revu et corrigé par Seurat qui utilisait des petits points de couleur. "

Pastorale, Henri Matisse,1905,
h/t, 46 x 55 cm, musée d'arts moderne, Paris

Matisse ira vers plus de simplification en transformant l'espace en schéma décoratif dans des grands aplats de couleurs vives. Marquant ses surfaces colorées de forts contrastes, il utilise le cerne noir et rythme l'espace de lignes et d'ornementation pour ses principaux thèmes de la joie de vivre et de l'âge d'or.

La femme au chapeau, Henri Matisse,1905,
h/t, 81 x 65 cm, San francisco, Collection Hass
Matisse, Derain, De Vlaminck, Albert Marquet (1875-1947), Charles Camoin (1879-1965), Henri Manguin (1874-1949) exposent dans la même salle au salon d'automne de 1905. Parmi leurs peintures aux couleurs violentes "un pot de peinture jeté à la face du public" écrit Camille Mauclair (poète, critique et romancier), se trouvent deux bustes d'Albert Marquet, dans un style très traditionnel.

La desserte rouge
, Henri Matisse,1908,
h/t, 180 x 200 cm, St Pétersbourg, musée de l'Ermitage
Le contraste avec les peintures aux couleurs violentes fera écrire au critique d’art Louis Vauxcelles : « Au centre de la salle, un torse d'enfant et un petit buste en marbre d'Albert Marquet, qui modèle avec une science délicate. La candeur de ces bustes surprend au milieu de l'orgie des tons purs : Donatello parmi les fauves ». Le fauvisme était né.

Nous verrons ensuite comment le siècle commencé dans l'expression de la joie de vivre, et la croyance en un progrès continu (manifeste du futurisme, 1909) se trouvera bouleversé par la guerre de 1914 qui sera un gigantesque traumatisme pour la génération des vingt-trente ans de l'époque.

De nombreux artistes, critiques d'art, intellectuels vont mourir à la guerre : Charles Péguy, Guillaume Appolinaire, Alain Fournier, Blaise Cendrars, sont autant de poètes et d'écrivains morts sur le front. Ceux qui échappent à la mort subissent un choc brutal tels les français Paul Eluard ou André Breton, ou les allemands Max Ernst ou Otto Dix.

Otto Dix (1891-1969) témoigne de l'âme inquiète et déchirée de l'Allemagne à travers une oeuvre caractérisée par une violence qui semble prolonger la tradition germanique des Cranach, Maître Francke et Matthias Grûnewald, auteur du retable de la crucifixion dit retable d'Issenheim. Otto Dix exprime le traumatisme de la guerre. Il réalise des tableaux collages qui montrent des "gueules cassés", des infirmes, des blessés de guerres, des mutilés.

Dans Rue de Prague, il peint des infirmes de retour de la grande guerre qui mendient mais conservent leur rang social. Dix montre le grotesque de la guerre et des préjugés.


Rue de Prague,1920,
huile et collage 100 x 80 cm,
Galerie der Staat, Stuttgart.



Pour des eaux fortes dont les premiers croquis ont été réalisés dans les tranchées, Otto Dix a recours à une esthétique inspirée des danses macabres et de l’esthétique gothique.



Schädel (Crâne), 1924,
eau-forte, 25,5 x 19,5 cm,
Historial de la Grande Guerre, Péronne.




Invalides de guerre jouant aux cartes,
1920, huile sur toile, 110 x 87 cm, Constanza, CP.

La guerre. Retable triptyque, 1929/32
Tempera sur bois 204 x204 cm et 204 x 102 cm latéraux
Gemäldegalerie Neue Meister, Dresde.
Dans le triptyque La Guerre en 1932, il dénonce l’absurdité de la guerre. Ses images évoquent le traumatisme. Sur le traumatisme laissé par la guerre naitra le mouvement Dada fondé par Tristan Tzara (1896-1963). Si l'homme est capable d'une telle absurdité alors plus rien n'a d'importance et on peut se rire de tout. La dérision est l'arme de ce mouvement qui prône le pessimisme.

Après la première guerre mondiale, un puissant esprit de révolte anime les artistes. Ils revendiquent « plus jamais ça » et se mettent en recherches de solutions nouvelles. Naissent à cette époque les slogans comme « Halte à l’impérialisme politique » et « halte au libéralisme » ou encore « halte à la désunion des peuples ». On se revendique de l’idéologie internationaliste : le communisme qui apparait alors comme une alternative aux démocraties libérales, aux régimes autocratiques. Les artistes vont établir un lien très fort entre création artistique et engagement politique. Beaucoup d’entre eux s’investissent dans l’action, dans des mouvements ou des partis politiques. Ils conçoivent l’engagement comme un complément nécessaire à l’art pour transformer le monde établi.

Les engagements sont multiples, dans le communisme, mais aussi le fascisme auprès du Duce, Mussolini, qui représente à cette époque une idéologie de la modernité, une alternative au passé et à la tradition. Pour exemple, Marinetti, le père du futurisme, mouvement de la vitesse du progrès et de l’industrie. Des artistes vont aussi s’engager dans le Nazisme comme Albert Speer, l’architecte ou Heidegger, philosophe et grand théoricien du XXe siècle.

Après la désespérance de Dada, viendra l’espérance des surréalistes, entraînant la mise de l’art au service d’une cause politique et ses conséquences : la démystification de l’académisme, de l’œuvre d’art, de la création. Les surréalistes embrassent la cause communiste, ce sont eux qui dénonceront les premiers la guerre d’Espagne et le franquisme.

Le surréalisme met au point un programme d’action, des travaux communs pour éveiller les foules. C’est un mouvement violent et radical. Le manifeste du surréalisme est publié en 1924 par André Breton. Il définit l’orthodoxie du surréalisme. Leader très radical, il exclut du groupe en 1930 Aragon qui avait fait l’éloge de Staline alors que Breton soutenait Trotski.

Métropolis. La grande ville. Retable triptyque, 1927/28
Tempera sur bois 181 x 401 cm
Les années 20, ce sont les années folles. Une vision mythique des années 20 en retient surtout l’époque de la beauté et du plaisir. C’est le jazz, la revue nègre, les cabarets, Sydney Bechet, le strip-tease, le strass, les paillettes. Mais celà n'est qu'une façade. L'envers du décors, c'est la réalité cruelle et sordide d'une époque contre laquelle vont s'engager les artistes. Cette réalité, Otto Dix va la peintre en 1928 à travers un triptyque - Métropolis, la grande ville - opposant le luxe des riches bourgeois de la république de Weimar au milieu sordide des bordels. Dix nous rappelle qu’à cette époque le corps et la sexualité sont des valeurs marchandes dans un monde où tout s’achète. Les grandes villes sont des labyrinthes de plaisir mais aussi un enfer terrestre. C’est la nouvelle objectivité esthétique de l’Allemagne des années 20. On peint la réalité sociale de façon objective et détachée pour mettre en avant l’absurdité des grandes villes (Neue sleischlicshkeit). Au delà de l’art déco, les années 30 furent des années de doutes, de drame, de crise voyant la montée de tous les dangers en Europe.

Le mouvement surréaliste de l'entre deux-guerres fut exemplaire du lien entre une esthétique et une histoire. Mais les surréalistes vont connaître une profonde crise spirituelle. L’engagement pour la modernité va conduire à l’éclatement du groupe dès 1936. Les conflits internes sont nombreux dans la mesure où le mouvement surréaliste dénonce la guerre, mais aussi à cause de son aspiration à la révolution. Malgré de nombreuses sympathies pour le parti communiste, tous les surréalistes ne sont pas disposés à cet engagement et certains redoutent la propagande. Après plusieurs scissions et exclusions, les premiers adhérents au mouvement sont les premiers à se désengager de la cause communiste sauf Aragon et Eluard. La seconde guerre mondiale verra l'essouflement des surréalistes. Certains artistes finiront par ressentir comme inutile l’engagement artistique dans des causes politiques. Ils prônent le désengagement politique pour affirmer l’autonomie de la création qui passera par le rejet de la figuration et l’attachement au cubisme.

Annonce séance précédente